Au revoir Mboro
Difficile à croire, mais mes huit mois au Sénégal sont déjà terminés. Ce fut un véritable cocktail d’émotions. D’un côté, on est soulagé et heureux de retrouver son environnement habituel, sa famille et ses amis. De l’autre, on est bouleversé et triste. On laisse ici aussi une vie, une famille et des amis. Au cours des derniers mois, je me suis sans cesse dépassé. Et c’est exactement ce qui rend un volontariat si précieux. Toujours de nouveaux défis, toujours sortir de sa zone de confort et repousser ses limites. Oui, j’ai perdu du poids, mais j’ai aussi gagné énormément d’une autre manière. C’était une expérience que je désirais depuis longtemps et une immense richesse de pouvoir découvrir une autre partie du monde, loin de mon quotidien habituel.
Après les vacances d’été, le CREPE a réouvert ses portes le 3 novembre. Cette fois-ci, le contact avec les enfants m’a semblé beaucoup plus facile, car je maîtrisais bien mieux le wolof. J’avais par exemple déjà le savoir-faire nécessaire pour mémoriser les prénoms, ce qui était un avantage indéniable. Le programme a débuté par deux semaines d’intégration durant lesquelles différents jeux de présentation ont été organisés afin que les enfants apprennent à mieux se connaître et qu’une bonne dynamique de classe se crée dès le début.
Je me suis principalement concentré sur mon projet de Teambuilding avec les élèves les plus âgés de la cohorte BENNO. J’ai beaucoup apprécié les échanges avec les moniteurs, car cela m’a permis d’élargir mon répertoire de jeux. J’ai rédigé un dossier dans lequel j’ai essayé de résumer au mieux, pour le CREPE, mes jeux de coopération, de transition et de confiance. En parallèle, j’ai également mis davantage l’accent sur le baseball. Le professeur de sport était très heureux de pouvoir découvrir une nouvelle discipline avec les enfants. D’ailleurs, on pouvait se demander qui prenait le plus de plaisir : les enfants ou nous…
De plus, j’ai aidé les enseignants du CREPE dans les préparatifs de la nouvelle année, que ce soit pour décorer la salle ou pour trouver des idées créatives pour le quotidien. Mon dernier jour a été très beau et très émouvant. Tous les enfants, accompagnés du personnel éducatif, ont chanté et applaudi pour moi et ne voulaient tout simplement plus s’arrêter.
Je pensais qu’après la saison des pluies, il ferait enfin plus frais en octobre/novembre. Je me suis trompé : ce fut en réalité la période la plus chaude de l’année. Yayyy. On est tout de même rassuré lorsque même ses amis sénégalais affirment qu’il fait extrêmement chaud. Donc on se sent alors moins seul.
On est confronté chaque jour à beaucoup de pauvreté. Ce qui touche le plus, ce sont les talibés. Les talibés sont des enfants confiés par leurs proches à des écoles coraniques (daaras) pour leur éducation religieuse. Depuis plusieurs décennies, ces enfants sont souvent contraints à la mendicité. Ils parcourent les rues et demandent de l’argent, de la nourriture ou de l’eau. Cela affecte profondément. Même lorsqu’on leur offre quelque chose à manger et qu’on leur procure un moment de joie, on croise peu après d’autres enfants sur son chemin. Ce n’est souvent qu’un instant de bonheur. L’essentiel reste néanmoins de redonner chaque jour le sourire à quelques enfants. Les petites choses comptent. Bien sûr, on aimerait toujours faire davantage, mais on n’en a pas toujours la force. Être constamment exposé à cette réalité peut être très éprouvant. On voudrait aider chaque enfant, mais on atteint vite ses limites. Parfois, il est aussi important de se protéger soi-même. Je l’ai appris de manière assez dure. Mais n’est-ce pas cela, la vie ? Quitter sans cesse sa zone de confort et tester ses limites mentales et physiques ?
Avec la famille Ndiaye, j’ai eu la chance d’assister à un baptême. Ce jour-là, toute la famille au moins une centaine de personnes s’est réunie pour partager un repas. Le lieu, installé sous un arbre, était très agréable et, de manière surprenante, on ressentait une brise fraîche malgré la chaleur. J’ai également goûté pour la première fois de la canne à sucre : très sucrée, mais délicieuse. La famille possédait son propre champ juste derrière la maison ; je n’aurais pas pu avoir des noix de coco ou de la canne à sucre plus fraîches.
Au cours des derniers mois, nous avons encore passé deux jours à la plage avec toute la famille. Ce furent des moments forts. Les enfants ne se lassaient pas de la brise marine. C’est là que Maram, l’une des enfants Ndiaye, est passée pour la première fois d’une grande peureuse à une véritable amoureuse de l’eau et il était difficile de la faire sortir de la mer.
En octobre, mes parents sont venus me rendre visite au Sénégal et j’ai pu découvrir avec eux de magnifiques endroits comme Joal-Fadiouth et son île aux coquillages, avant de grimper dans le baobab sacré. C’était un immense baobab avec un grand tronc creux. Pour eux aussi, ce fut une expérience unique de plonger dans la culture sénégalaise. Et au plus tard lors de leur visite à Mboro, au CREPE et chez la famille, ils ont pu mieux visualiser toutes mes histoires. Ils ont notamment dégusté un thiéboudienne traditionnel préparé par Ngoné, la meilleure cuisinière de Mboro.
À la fin du mois de novembre, ma sœur Lena et le sai sai bumac Ruben sont également venus me rendre visite. C’était une sensation étrange, car j’avais toujours su qu’un moment fort m’attendait à la fin et soudain, j’y étais. Ce fut un bonheur incroyable de découvrir les îles du Saloum avec eux. Nous avons par exemple passé deux nuits sous tente sur des plages désertes, au cœur du delta du fleuve. Nous n’étions entourés que par les sons de la nature. Un lieu magique. De plus, nous avons partagé un déjeuner les pieds dans l’eau. Cela signifie qu’au milieu de nulle part, Moustapha et Sambou ont installé une table et des chaises, et nous ont régalés avec les meilleurs plats sénégalais, qu’ils avaient préparés directement sur le bateau.
Pour le tout reste,merci, merci CREPE, merci à la famille Ndiaye, vous resterez toujours dans mon cœur. À bientôt…
SCHARTZ JEFF














